Seule, assise sur son lit, elle pleure. Elle n'a même pas quatre ans. Autour d'elle, le décor est très sommaire. De vieux meubles. De la récup certainement. Mais elle a réussi à se créer son petit cocon. De la dînette, des poupées et des peluches. Un vieux lit en toile, motif écossais. Passé, délavé. Une vieille poupée Barbie au sol. Les cheveux emmêlés. Il lui manque un bras. Au mur, quelques cadres. Un dessin d'école. Un poster gratuit. Une ardoise sur le placard. Elle y a laissé une trace. Une sorte de gribouilli. Un peu comme ce qu'il se passe dans sa tête.
Comme une petite maman, elle a couché ses poupées. Dans des lits improvisés. De simples boîtes à chaussures. Mais elle en a fait quelque chose de beau. Elle donne le biberon à son petit Vincent. Elle caresse avec tendresse son petit vêtement. Parce qu'il lui vient de sa nounou qui lui a tricoté. Les larmes mouillent le tricot, alors elle pose son baigneur, après l'avoir embrassé et câliné. Elle a murmuré un "je t'aime". Elle est dans la nuit. Dans cette chambre, il n'y a pas un bruit. Pas de rires d'enfant. Juste ses sanglots qu'elle tait. On entend au loin des bruits de cuisine. Le générique de Stade2 aussi. Mais elle est seule. Elle se lève, du haut de son petit mètre, elle monte sur un petit tabouret. Elle sort de son placard branlant une petite valise en carton. Sur son lit, elle la pose, l'ouvre et la remplit. Elle ne part pas en vacances. Mais elle part. Elle n'oublie pas son gros pull violet. Et surtout ses doudous. Son Teddy et son jumeau. Elle n'a besoin de rien d'autre. Elle est déterminée. Elle est persuadée que ce soir, elle changera de parents. Elle sera ailleurs. Elle s'imagine une famille de dessins animés. Où le papa et la maman câlinent leur enfant, unique, au coin du feu. Elle pose un dernier regard sur sa chambre. Il fait sombre. Elle referme la porte derrière elle et traverse le couloir, invisible. Elle le voit, sur son canapé. Il ne la voit pas. Elle la voit, dans sa cuisine, le dos tourné, elle ne la voit pas. Alors elle sort. Sans faire de bruit. Une fois en bas, elle affronte la pluie, et va s'installer sur le banc de l'arrêt de bus. Et elle attend. Longtemps.
En réalité, elle est venue la chercher au bout de quelques minutes. Mais pour elle, c'était interminable. Et quand elle l'aperçut, les larmes coulèrent encore plus vite. Elle venait de lui dire d'arrêter les bêtises. De rentrer.Qu'il était tard. Et qu'elle n'avait pas de temps à perdre avec elle. Dans les bras, elle portait le petit dernier. Celui qui avait pris la place de la petite fille.
